Le 28 mars 2023, un peu plus de quatre mois après le lancement de ChatGPT, le Future of Life Institute publie une lettre ouverte intitulée “Pause Giant AI Experiments”. Le texte demande à tous les laboratoires d’IA d’interrompre immédiatement, pendant au moins six mois, l’entraînement de tout système plus puissant que GPT‑4, le temps de développer des protocoles de sécurité partagés et de mieux comprendre les risques posés par ces “boîtes noires” imprévisibles. Plus de 30 000 personnes signent le texte, parmi lesquelles Yoshua Bengio, Elon Musk, Steve Wozniak, Stuart Russell et Yuval Noah Harari.
Une lettre qui s’inscrit dans une histoire plus longue
La lettre ne sort pas de nulle part. Elle fait écho aux 23 principes d’Asilomar, établis en 2017 pour poser un cadre éthique au développement de l’IA, restés depuis de simples recommandations sans force contraignante. Un article de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) souligne qu’au-delà des risques technologiques immédiats, un enjeu plus profond se joue déjà en creux : celui d’une IA développée dans une logique avant tout marchande, où la rentabilité prime sur les considérations éthiques.
L’épisode Sam Altman, deux moments à ne pas confondre
Avant même la publication officielle du texte, le nom de Sam Altman (patron d’OpenAI) et celui de Bill Gates apparaissent brièvement dans une version provisoire de la liste des signataires. La nouvelle fait sensation : cela reviendrait à voir Altman demander l’arrêt de l’entraînement de son propre futur modèle. Le Future of Life Institute confirme rapidement qu’il s’agit de fausses signatures, retirées dès leur découverte, et resserre son processus de vérification.
Une fois la lettre officiellement publiée, Altman prend position pour de bon, lors d’un événement du MIT : il juge le texte “dépourvu de la plupart des nuances techniques” sur les points où une pause serait réellement utile, et relève qu’une version antérieure affirmait à tort qu’OpenAI entraînait alors GPT‑5.
Le bilan, trois ans après : une sensibilisation, pas un ralentissement
Aucun laboratoire majeur n’a respecté la pause demandée ; le développement s’est au contraire poursuivi sans interruption. Deux critiques formulées dès 2023 résument bien les limites structurelles de ce type d’initiative : le chercheur Andrew Ng jugeait qu’ ”il n’existe aucun moyen réaliste de mettre en œuvre un moratoire” sans intervention gouvernementale contraignante, tandis que l’entrepreneur Reid Hoffman qualifiait la lettre de “signal de vertu” risquant d’aliéner la communauté des développeurs dont la coopération est justement nécessaire pour progresser sur la sécurité.
Le texte n’a donc débouché sur aucune pause effective. Il a en revanche eu un effet de sensibilisation durable, posant dans le débat public des termes (risque existentiel, course incontrôlée, boîte noire) qui reviennent constamment depuis, y compris dans les alertes plus récentes documentées ailleurs dans ce dossier.
Trois ans plus tard, le retournement
Le 28 juillet 2026, jour de la publication de la lettre “Pacing the Frontier” (voir la chronologie de ce dossier), Sam Altman reconnaît dans le podcast “Invest Like The Best” qu’il “faudra peut-être ralentir le rythme du développement de l’IA”, pour laisser à la société le temps de s’adapter, tout en écartant l’idée d’une régulation contraignante ou d’un accord entre géants du secteur qui ressemblerait à de la collusion. Un revirement notable, mais encore prudent, pour l’homme qui avait écarté le moratoire trois ans plus tôt.
Sources
Wikipedia — Pause Giant AI Experiments: An Open Letter (anglais)
Siècle Digital — réaction de Sam Altman en 2023
Pirate Wires — l’épisode des fausses signatures (anglais)
Sciences Ouest — dossier “Faut-il mettre la recherche en pause ?”
IRIS France — le moratoire et les principes d’Asilomar
Presse-citron — le revirement de Sam Altman en 2026
Synthèse critique et bilan (longtermwiki) (anglais)
Élaboré en collaboration avec Claude, utilisé ici pour rechercher, vérifier les sources et documenter cet épisode.
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