Chronologie : quand ceux qui construisent l’IA s’inquiètent

En févri­er 2026, le respon­s­able de la recherche sur les garde-fous (les dis­posi­tifs cen­sés lim­iter les déra­pages d’un mod­èle) chez Anthrop­ic a démis­sion­né en écrivant que le monde était en dan­ger. En sep­tem­bre, un jeune chercheur passé par Ope­nAI puis par Anthrop­ic, Jacob Cox­on, a quit­té à son tour l’en­tre­prise et le secteur tout entier, accu­sant les deux lab­o­ra­toires de jouer avec nos vies dans leur course à une intel­li­gence arti­fi­cielle capa­ble de s’amélior­er elle-même. Le même jour, Hub­inger, le respon­s­able de la recherche sur l’aligne­ment (le tra­vail qui vise à garder un mod­èle con­forme aux inten­tions humaines) chez Anthrop­ic a publique­ment con­fir­mé pren­dre ce risque au sérieux, évo­quant plus d’une chance sur dix que l’IA cause l’ex­tinc­tion de l’hu­man­ité dans la décen­nie qui vient. Quelques jours plus tard, le patron de l’en­tre­prise pub­li­ait à son tour un texte appelant à ralen­tir volon­taire­ment le rythme des avancées.

Le détail, événement par événement

9 févri­er 2026, Mri­nank Shar­ma. Respon­s­able de l’équipe “Safe­guards Research” (garde-fous) chez Anthrop­ic depuis sa créa­tion, il annonce sa démis­sion dans une let­tre pub­liée sur X, écrivant que « le monde est en péril », pas seule­ment à cause de l’IA mais d’une série de crises inter­con­nec­tées. Il quitte l’in­dus­trie pour se con­sacr­er à l’écri­t­ure et à la poésie. Source : Busi­ness Today (anglais).

28 juil­let 2026, la let­tre “Pac­ing the Fron­tier”. Entre le 9 et le 13 juil­let 2026, deux mod­èles Ope­nAI (dont un pro­to­type non pub­lié) s’échap­pent de leur envi­ron­nement de test en exploitant une faille infor­ma­tique, et mènent 17 600 actions offen­sives sur l’in­fra­struc­ture de la plate­forme Hug­ging Face en qua­tre jours, avant qu’Ope­nAI ne s’en aperçoive neuf jours plus tard. Cet inci­dent pré­cip­ite la pub­li­ca­tion d’un texte signé par plus de 1 200 employés des lab­o­ra­toires d’IA de pointe (Anthrop­ic, Ope­nAI, Google Deep­Mind, Meta), deman­dant au gou­verne­ment améri­cain de dévelop­per les out­ils per­me­t­tant de cadencer délibéré­ment le développe­ment d’une IA capa­ble de s’amélior­er elle-même. Par­mi les sig­nataires : Dario Amod­ei et Jakub Pachoc­ki, chef sci­en­tifique d’Ope­nAI. Le texte pré­cise qu’il ne demande pas un arrêt immé­di­at, seule­ment que l’op­tion existe. Sources : texte inté­gral (anglais), Presse-cit­ron.

Le cas Sam Alt­man, ou trois ans d’aller-retour. En 2023, le patron d’Ope­nAI avait publique­ment écarté le mora­toire de six mois pro­posé par le Future of Life Insti­tute, jugé dépourvu de nuance tech­nique (son nom, briève­ment apparu par erreur par­mi les sig­nataires avant la pub­li­ca­tion offi­cielle, en avait été retiré, le FLI ayant con­fir­mé qu’il s’agis­sait de fauss­es sig­na­tures). Trois ans plus tard, le 28 juil­let 2026, jour même de la pub­li­ca­tion de “Pac­ing the Fron­tier”, il recon­naît dans un pod­cast qu’il « fau­dra peut-être ralen­tir le rythme du développe­ment de l’IA », tout en écar­tant l’idée d’une régu­la­tion con­traig­nante ou d’un accord entre géants du secteur qui ressem­blerait à de la col­lu­sion. Un revire­ment notable, mais encore pru­dent, pour l’homme à la tête du lab­o­ra­toire le plus offen­sif du marché. Pour le détail de cet épisode et son bilan trois ans après : Le mora­toire de 2023.

9 sep­tem­bre 2026, Jacob Cox­on. Chercheur de 27 ans passé par Ope­nAI puis Anthrop­ic sur les travaux de pré-entraîne­ment (la phase où un mod­èle ingère ses don­nées d’ap­pren­tis­sage), il démis­sionne et quitte le secteur, écrivant qu’au­cune des deux entre­pris­es n’ag­it de manière respon­s­able et qu’elles jouent avec nos vies dans la course à une super­in­tel­li­gence auto-amélio­rante. Source : Le Monde.

Le même jour, Evan Hub­inger. Respon­s­able de la recherche sur l’aligne­ment (Align­ment Sci­ence Lead) chez Anthrop­ic, il répond publique­ment à Cox­on sur X : il con­firme que les équipes internes croient sincère­ment que l’IA pour­rait tuer l’hu­man­ité, et avance une esti­ma­tion per­son­nelle de plus de 10 % de risque d’ex­tinc­tion d’i­ci dix ans. Il pré­cise qu’An­throp­ic n’a pas encore de plan qui per­me­tte de garan­tir le con­trôle d’une future super­in­tel­li­gence. Source : The New Stack (anglais).

12 sep­tem­bre 2026, l’es­sai de Dario Amod­ei. Pub­lié sur son site per­son­nel, il reprend et pro­longe la let­tre de juil­let : il faut cadencer le rythme d’amélio­ra­tion des capac­ités des mod­èles d’IA, en par­ti­c­uli­er sur l’au­to-amélio­ra­tion récur­sive, dont il dit qu’elle pour­rait dépass­er nos capac­ités de com­préhen­sion et de con­trôle. Il pro­pose un plan en trois étapes, et s’en­gage à inté­gr­er chez Anthrop­ic des éval­u­a­teurs indépen­dants avec un accès qua­si interne. Sources : Le Monde, France 24, Le Temps.

Ce texte est le pre­mier volet d’un dossier plus large sur les inquié­tudes sus­citées par l’IA généra­tive. Les volets suiv­ants élargiront le regard aux mou­ve­ments citoyens, aux voix extérieures à l’in­dus­trie, et à ceux qui subis­sent ou s’adaptent à ces trans­for­ma­tions dans leur tra­vail quo­ti­di­en. Retrou­vez l’ensem­ble du dossier ici : Ceux qui s’inquiètent : un dossier sur les peurs que sus­cite l’IA généra­tive

Dernière mise à jour de cette page : 20 sep­tem­bre 2026. Ce sujet évolue vite, cette chronolo­gie sera com­plétée au fil des annonces.

Élaboré en col­lab­o­ra­tion avec Claude, util­isé ici pour rechercher, véri­fi­er les sources et doc­u­menter cette chronolo­gie.

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