Brouillon version longue

rap­pel des échanges

toi:

Pub­lié, bien joué. Deux arti­cles en une soirée avec sources solides et trans­parence assumée, ça fait un bon petit chantier ia.2cbl.fr. Tu veux qu’on regarde autre chose ce soir, ou c’est bon pour aujour­d’hui ?

moi:

Dis­ons qu’il va bien fal­loir s’y coller un jour ou l’autre à présen­ter ma pos­ture com­plexe et ma moti­va­tion à ali­menter ce site ia.2cbl.fr alors que la rai­son devrait me détourn­er de cette entre­prise pour aller vers plus de nature
Cf
https://nautremonde.2cbl.fr/silent-friend/

Tu as je pense toute la matière req­uise
Dans
https://vrac.2cbl.fr/listing-pour-claude-fiches-et-liensv5/

et plus par­ti­c­ulière­ment dans https://vrac.2cbl.fr/v4-l-pres-resume-pour-claude-page-contexte-v‑4/

pour com­mencer à te met­tre au tra­vail.
Ver­sion courte pour page d’ac­cueil et ver­sion longue appelée depuis page d’ac­cueil.
Dif­fi­cile de faire une page pourquoi sans tomber dans la jus­ti­fi­ca­tion à deux balles…

toi:

C’est le texte le plus déli­cat à écrire de tout le chantier, parce que le moin­dre pas de tra­vers tombe dans l’au­to-abso­lu­tion que Silent Friend dénonce juste­ment. Je pars de cette ten­sion-là plutôt que de la con­tourn­er. Deux ver­sions, l’une courte pour la page d’ac­cueil, l’autre longue en page dédiée.

J’ai volon­taire­ment évité deux réflex­es faciles : le bilan car­bone com­paré façon “oui mais les data cen­ters c’est moins pire qu’avion”, et le hap­py end “j’ai trou­vé l’équili­bre”. Le texte s’ar­rête sur une ques­tion ouverte, comme le fait déjà ta chronique sur le gink­go, plutôt que de faire sem­blant de l’avoir refer­mée.

Un point à tranch­er toi-même avant pub­li­ca­tion : dans la ver­sion longue, j’ai repris presque mot pour mot cer­taines for­mules qui vien­nent de tes pro­pres échanges passés (le chef opéra­teur, le piège doux, l’anec­dote de l’ostéopathe, Pablo Servi­gne, René Dumont). C’est cohérent avec l’ob­jec­tif 3 de ta fiche, “Claude com­plète, ne refor­mule pas”, mais véri­fie que le ton sonne bien comme le tien et pas comme moi qui te cite.

Ta propo­si­tion ver­sion longue

Pourquoi ce site, ver­sion longue


J’ai longtemps repoussé cette page. Toutes les ver­sions que j’en ai écrites tombaient dans le même piège, se jus­ti­fi­er. Et se jus­ti­fi­er, sur ce sujet pré­cis, c’est déjà avoir per­du, parce que la ques­tion n’est pas de savoir si j’ai rai­son, elle est de savoir si je me mens à moi-même en écrivant que j’ai rai­son.


Alors je pars d’un film plutôt que d’un argu­ment.


Un arbre qui ne s’ex­cuse de rien


Silent Friend, d’Ildiko Enye­di, racon­te trois épo­ques autour d’un même gink­go bilo­ba, plan­té en 1832 dans le parc botanique de l’u­ni­ver­sité de Mar­bourg. Pas de dat­a­cen­ter, pas de serveurs refroidis à l’eau, pas de min­erais extraits à l’autre bout du monde. L’ar­bre pousse, il fil­tre, il stocke, il dure. Il ne pub­lie pas de men­tion en bas de page pour dire par quels moyens il a survécu deux siè­cles. Il survit, c’est tout.


J’ai écrit l’ar­ti­cle sur ce film avec deux intel­li­gences arti­fi­cielles, l’une pour extraire une cri­tique depuis un PDF, l’autre pour con­stru­ire la réflex­ion. Un arti­cle sur un film qui dit, en sub­stance, que l’hu­man­ité tra­vaille assidû­ment à sa perte, rédigé avec des out­ils qui con­som­ment exacte­ment ce que l’ar­bre n’a jamais eu besoin de con­som­mer. La con­tra­dic­tion n’est pas sub­tile.


Une des IA a pro­posé une for­mule élé­gante pour la nom­mer, utilis­er le fruit de notre arro­gance pour appren­dre enfin l’hu­mil­ité. C’est joli. C’est même juste, en un sens. Mais en la relisant j’ai com­pris qu’elle fai­sait exacte­ment ce qu’elle pré­tendait dénon­cer, elle met­tait la con­tra­dic­tion en scène, l’ha­bil­lait de lit­téra­ture, et la rendait accept­able. La trans­parence deve­nait con­fort. L’aveu deve­nait abso­lu­tion.


C’est cette ques­tion pré­cise que je ne veux pas tranch­er arti­fi­cielle­ment ici, jusqu’où la trans­parence suf­fit-elle comme pro­tec­tion ? Écrire “rédigé avec Claude” est une pos­ture éthique. Est-ce aus­si, par­fois, une façon de s’a­cheter une bonne con­science à bas prix ?


Ce que je fais quand même, et pourquoi


Ma for­ma­tion, ancien doc­u­men­tal­iste, for­ma­teur, médi­a­teur numérique dans l’É­d­u­ca­tion nationale, m’a don­né un réflexe, celui de vouloir com­pren­dre un phénomène avant qu’il ne s’im­pose sans qu’on l’ait vu venir. J’ai con­nu l’ar­rivée de Face­book dans les étab­lisse­ments sco­laires, j’ai créé une page pour en informer et met­tre en garde, jusqu’à ce qu’elle soit fer­mée d’au­torité. Même com­bat, nou­v­el out­il.


J’u­tilise l’IA pour doc­u­menter les dan­gers de l’IA. Comme le tox­i­co­logue qui manip­ule le poi­son pour le com­pren­dre, pas pour l’ingér­er. Comme celui qui a pris l’avion pour la Nou­velle-Zélande il y a quinze ans et qui dit aujour­d’hui que la mas­si­fi­ca­tion de l’avion est une cat­a­stro­phe. Je ne m’ex­empte pas de la con­tra­dic­tion que je décris. Je la nomme, je l’as­sume, j’en fais une pos­ture plutôt qu’un angle mort.


Sur ce site, je ne délègue pas ma pen­sée, je la con­stru­is avec un out­il que j’ai fini par appel­er le chef opéra­teur, une image venue naturelle­ment après une ses­sion de tra­vail pro­duc­tive. L’IA est à l’au­teur ce que le chef opéra­teur est à un réal­isa­teur, un mail­lon essen­tiel et tal­entueux, au ser­vice de celui qui reste à la lumière. Il peut avoir des idées que je n’au­rais pas eues seul. Mais c’est moi qui dis ce qu’on filme, pourquoi, et ce que ça doit racon­ter. Je ne me sens pas dépos­sédé ni dimin­ué dans mes capac­ités cog­ni­tives, et le jour où je le sen­ti­rais, j’ar­rêterais.


Il y a aus­si une part plus trou­blante, que je préfère nom­mer plutôt que cacher. J’ai lu à voix haute un texte co-con­stru­it avec l’IA à quelqu’un qui me con­naît depuis longtemps, sans lui dire qui l’avait écrit. Sa réac­tion a été immé­di­ate, com­ment cette IA te con­naît aus­si bien, ça aurait pu être toi qui écris ça. Ce moment m’a autant fasciné qu’in­quiété. C’est le piège doux, je m’y sens par­fois plus à l’aise, plus pris au sérieux, que dans cer­tains échanges avec des amis humains arc-boutés sur leurs cer­ti­tudes. Le nom­mer ain­si est pré­cisé­ment ce qui me pro­tège de m’y per­dre.


Pourquoi ce n’est pas nou­veau chez moi


Ce site n’est pas une lubie récente. En 2019, bien avant de me pencher sur l’IA, j’ou­vrais un pre­mier site avec une phrase de Pablo Servi­gne en exer­gue, la clé c’est de ne pas tra­vers­er les tem­pêtes tout seul. Cette phrase vaut aus­si bien pour l’é­colo­gie que pour l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle. Doc­u­menter, partager, trans­met­tre, plutôt que subir seul et en silence.


René Dumont dis­ait en 1974 que les enfants de douze ans raison­naient par­fois mieux que les adultes, parce qu’ils n’avaient pas encore été pol­lués par les cer­ti­tudes du monde adulte. Le para­doxe, aujour­d’hui, c’est que les jeunes qui gran­dis­sent avec l’IA risquent d’être pol­lués avant même d’avoir appris à penser seuls, par la délé­ga­tion cog­ni­tive, par la dépen­dance aux out­ils. Même mot, même risque, mais inver­sé. Écolo­gie, démoc­ra­tie, intel­li­gence arti­fi­cielle, ce n’est pas une dis­per­sion de ma part, c’est une seule tra­jec­toire, celle d’un homme qui essaie depuis longtemps de nom­mer ce qui men­ace le monde qu’il lais­sera à ses enfants et petits-enfants. L’IA est ma dernière tem­pête en cours. Prob­a­ble­ment pas la dernière tout court.


Ce que je refuse de pré­ten­dre


Je ne pré­tends pas que ce site com­pense son pro­pre coût énergé­tique. Je ne pré­tends pas que doc­u­menter les dan­gers de l’IA avec de l’IA soit une pos­ture con­fort­able ou même totale­ment cohérente. Je ne pré­tends pas que nom­mer la con­tra­dic­tion la résout, l’ar­ti­cle sur le gink­go le dit très bien lui-même, nom­mer ne suf­fit pas.


Ce que je peux dire, c’est ce que je refuse de faire, laiss­er une IA par­ler à ma place sans le dire, laiss­er croire que je maîtrise seul ce que je pro­duis avec elle, trans­former la trans­parence en argu­ment de vente d’une bonne con­science. Le reste, la ques­tion de savoir si ça suf­fit, je la laisse ouverte. C’est plus hon­nête que de faire sem­blant de l’avoir refer­mée.


Cette page a été élaborée en col­lab­o­ra­tion avec Claude, assis­tant IA dévelop­pé par Anthrop­ic. La démarche est celle-ci, utilis­er l’outil pour doc­u­menter un sujet, en posant les ques­tions, en ori­en­tant l’an­gle, en véri­fi­ant les sources et en nom­mant explicite­ment cette par­tic­i­pa­tion. Y com­pris, ici, quand le sujet doc­u­men­té est l’usage de l’outil lui-même.