Des voix extérieures à l’industrie s’inquiètent aussi

Les chercheurs et les dirigeants des lab­o­ra­toires ne sont pas les seuls à s’alarmer. Des experts d’autres domaines, et des per­son­nal­ités qui n’ont aucun lien pro­fes­sion­nel avec l’IA, expri­ment eux aus­si des réserves, sou­vent sur des ter­rains dif­férents : l’en­vi­ron­nement, les capac­ités cog­ni­tives, la dépen­dance.

Tristan Nitot, l’alerte par l’empreinte environnementale

Tris­tan Nitot, pio­nnier du Web ouvert et ancien de Mozil­la, aujour­d’hui directeur asso­cié “Com­muns numériques et anthro­pocène” chez OCTO Tech­nol­o­gy, s’at­taque directe­ment à un pon­cif répan­du : “avec l’IA, la seule lim­ite c’est votre imag­i­na­tion”. Dans une con­férence con­sacrée à l’im­pact envi­ron­nemen­tal et socié­tal du numérique et de l’IA, il inter­roge la com­pat­i­bil­ité entre le déploiement de l’IA généra­tive auprès de mil­liards d’in­ter­nautes et les lim­ites plané­taires, en s’ap­puyant sur les effets rebonds (le fait qu’un gain d’ef­fi­cac­ité tech­nique entraîne sou­vent une hausse de la con­som­ma­tion glob­ale plutôt qu’une baisse, un mécan­isme détail­lé dans notre arti­cle L’ef­fet rebond, ou pourquoi faire mieux ne suf­fit pas) et la con­som­ma­tion énergé­tique du secteur.

Il relève aus­si un réflexe qui mérite d’être ques­tion­né en lui-même : si beau­coup s’es­sayent à l’IA par curiosité, une par­tie non nég­lige­able le fait en espérant “neu­tralis­er la men­ace que l’IA fait peser sur leur méti­er ou sur leur tra­vail”. Autrement dit, l’usage de l’IA n’est pas tou­jours un choix ent­hou­si­aste, il peut aus­si être une stratégie défen­sive face à une men­ace perçue sur l’emploi. Source : con­férence en vidéo.

La tribune des 150, l’alerte par les capacités humaines

Le 19 juin 2026, en pleine VivaT­e­ch (le grand salon parisien de la tech), 150 per­son­nal­ités français­es pub­lient une tri­bune qui ne demande ni régu­la­tion ni mora­toire, mais un boy­cott volon­taire de l’IA généra­tive “par tous ceux qui ne sont pas con­traints de l’u­tilis­er”. Par­mi les sig­nataires : le prix Goncourt Hervé Le Tel­li­er, la Nobel de lit­téra­ture Annie Ernaux, le dessi­na­teur Jul, l’au­teur de bande dess­inée Enki Bilal, l’écrivain Pierre Michon, l’an­ci­enne min­istre de la Cul­ture Françoise Nyssen, le biol­o­giste Marc-André Selosse.

Deux argu­ments struc­turent leur texte : l’af­faib­lisse­ment des capac­ités cog­ni­tives et le risque de dépen­dances émo­tion­nelles chez les plus jeunes, et le coût envi­ron­nemen­tal des data cen­ters qui font tourn­er ces sys­tèmes. Source : Siè­cle Dig­i­tal.

Un détail de for­mu­la­tion mérite d’être noté : leur appel cible explicite­ment “ceux qui ne sont pas con­traints” de l’u­tilis­er. En creux, cette phrase désigne ceux qui, eux, le sont, et qui fer­ont l’ob­jet du volet suiv­ant de ce dossier.

Ce que ces deux voix ont en commun

Ni Nitot ni les sig­nataires de la tri­bune ne tra­vail­lent dans l’IA. Ils l’ob­ser­vent depuis l’ex­térieur, avec des out­ils dif­férents (l’analyse envi­ron­nemen­tale pour l’un, l’alerte cul­turelle et cog­ni­tive pour les autres), mais arrivent à une con­clu­sion proche de celle des chercheurs de l’in­térieur doc­u­men­tés dans la chronolo­gie de ce dossier : la vitesse de déploiement de l’IA généra­tive pose ques­tion, indépen­dam­ment du risque exis­ten­tiel évo­qué par les lab­o­ra­toires eux-mêmes.

Ce texte est le troisième volet du même dossier que la chronolo­gie et les mou­ve­ments qui deman­dent de ralen­tir. Retrou­vez l’ensem­ble du dossier ici : Ceux qui s’inquiètent : un dossier sur les peurs que sus­cite l’IA généra­tive.

Dernière mise à jour de cette page : 20 sep­tem­bre 2026.

Élaboré en col­lab­o­ra­tion avec Claude, util­isé ici pour rechercher, véri­fi­er les sources et doc­u­menter ces voix.

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