Anthropic contre le Pentagone : quand une IA devient un enjeu géopolitique

Com­ment les géants de la tech sont devenus des acteurs de la géopoli­tique mon­di­ale, le cas Anthrop­ic face au Pen­tagone

Il y a encore quelques années, un gou­verne­ment voy­ait dans l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, l’in­for­ma­tique quan­tique ou les biotech­nolo­gies avant tout des moteurs de crois­sance économique. Ce temps est révolu. Ces tech­nolo­gies sont désor­mais con­sid­érées comme des atouts stratégiques, et les entre­pris­es qui les maîtrisent pèsent directe­ment dans les rap­ports de force entre États, au point de pou­voir infléchir une poli­tique publique ou, à l’in­verse, de se retrou­ver mis­es à l’é­cart par un gou­verne­ment qui les jugeait indis­pens­ables la veille.

Des entre­pris­es dev­enues acteurs géopoli­tiques

Le con­stat vaut d’abord pour les grandes plate­formes améri­caines. Leur poids est tel qu’elles peu­vent peser sur des con­flits en cours, à l’im­age de la con­stel­la­tion Star­link d’Elon Musk qui a coupé l’ac­cès de ses satel­lites à l’ar­mée russe après le lui avoir large­ment ouvert pen­dant plusieurs années, ou encore des réseaux soci­aux mobil­isés par des dirigeants poli­tiques pour ampli­fi­er cer­tains mes­sages. Une juriste spé­cial­iste des organ­i­sa­tions inter­na­tionales, citée par Les Échos, résume la sit­u­a­tion en expli­quant que l’IA est dev­enue le ter­rain des guer­res com­mer­ciales et tech­nologiques qui s’in­ten­si­fient entre les États-Unis et la Chine. Les restric­tions améri­caines sur l’ex­por­ta­tion des puces les plus avancées vers la Chine, ou les pres­sions exer­cées sur l’Eu­rope pour lim­iter les ventes de cer­tains équipements de pointe, illus­trent cette bas­cule.

Cer­taines entre­pris­es assu­ment même ce rôle. Le patron de Palan­tir, par exem­ple, défend l’idée que la Sil­i­con Val­ley aurait une forme de dette envers les États-Unis et devrait par­ticiper active­ment à l’ef­fort de défense nation­al. D’autres, à l’in­verse, cherchent à préserv­er leur autonomie vis-à-vis du pou­voir poli­tique, quitte à en pay­er le prix.

Le cas Anthrop­ic, un bras de fer inédit avec le Pen­tagone

L’ex­em­ple le plus spec­tac­u­laire de cette ten­sion est celui d’An­throp­ic, la société qui développe l’as­sis­tant Claude. Fin févri­er 2026, après des semaines de négo­ci­a­tions ten­dues, le secré­taire à la Défense améri­cain a mis Anthrop­ic devant un ulti­ma­tum, assou­plir les restric­tions imposées à l’usage mil­i­taire de Claude ou en subir les con­séquences. L’en­tre­prise refu­sait notam­ment deux usages pré­cis, la sur­veil­lance de masse des citoyens améri­cains et le développe­ment d’armes entière­ment autonomes, sans inter­ven­tion humaine.

Anthrop­ic a main­tenu sa posi­tion. L’ad­min­is­tra­tion a alors mis fin au con­trat de 200 mil­lions de dol­lars qui liait l’en­tre­prise au Pen­tagone et l’a offi­cielle­ment désignée comme un risque pour sa chaîne d’ap­pro­vi­sion­nement, une qual­i­fi­ca­tion habituelle­ment réservée aux adver­saires du gou­verne­ment améri­cain. Dans la foulée, la prési­dence a ordon­né l’ar­rêt de l’usage d’An­throp­ic par l’ensem­ble des agences fédérales, avec six mois lais­sés au Pen­tagone pour organ­is­er la tran­si­tion. Ope­nAI a rapi­de­ment comblé le vide en sig­nant son pro­pre accord avec le min­istère de la Défense, avec des garanties que son dirigeant a présen­tées comme suff­isantes, ce que le patron d’An­throp­ic a vive­ment con­testé.

L’af­faire a aus­si révélé un para­doxe frap­pant, doc­u­men­té notam­ment par la chaîne améri­caine NBC News et par plusieurs médias économiques. Au moment même où Anthrop­ic était offi­cielle­ment ban­nie, l’ar­mée améri­caine con­tin­u­ait d’u­tilis­er Claude dans le cadre d’opéra­tions sen­si­bles, les autorités esti­mant ne pas dis­pos­er d’al­ter­na­tive équiv­a­lente à court terme. La ten­sion serait d’ailleurs née d’une inquié­tude du Pen­tagone après qu’An­throp­ic a demandé des pré­ci­sions sur l’usage qui avait été fait de ses mod­èles lors d’une opéra­tion mil­i­taire, ce qui a été perçu côté défense comme une men­ace pour leur accès à l’outil.

La bataille s’est ensuite déplacée sur le ter­rain judi­ci­aire, une juge fédérale ayant tem­po­raire­ment sus­pendu la déci­sion d’ex­clu­sion avant qu’une cour d’ap­pel ne la rétab­lisse, sans tranch­er défini­tive­ment le fond du dossier. Début mai 2026, le Pen­tagone a offi­cial­isé des parte­nar­i­ats avec plusieurs autres géants du secteur, mais pas avec Anthrop­ic. La sit­u­a­tion reste mou­vante, plusieurs sources évo­quant des dis­cus­sions repris­es depuis, sans qu’un accord glob­al n’ait été annon­cé à ce jour.

Pourquoi cette his­toire dépasse le cas d’une seule entre­prise

Ce bras de fer illus­tre une bas­cule plus large. Les entre­pris­es qui conçoivent les tech­nolo­gies d’IA les plus avancées ne sont plus de sim­ples four­nisseurs, elles devi­en­nent des inter­locu­teurs capa­bles de négoci­er avec un État, de lui résis­ter, ou d’être écartées quand elles refusent de s’align­er. Pour l’Eu­rope, large­ment absente de cette com­péti­tion entre géants améri­cains et chi­nois, la ques­tion de la dépen­dance à des solu­tions extérieures, et aux con­di­tions que leurs con­cep­teurs y attachent ou non, se pose avec une acuité par­ti­c­ulière.

Sources

Les Échos, « Les nou­veaux bras armés des super­puis­sances », 29 mai 2026

NBC News, sur l’ul­ti­ma­tum du Pen­tagone à Anthrop­ic

For­tune, sur l’o­rig­ine de la brouille entre Anthrop­ic et le Pen­tagone

La Revue européenne des médias et du numérique, sur le pas­sage du con­trat à Ope­nAI et la procé­dure judi­ci­aire

Généra­tion NT, sur les nou­veaux parte­nar­i­ats du Pen­tagone annon­cés en mai 2026

Next, sur la posi­tion de Dario Amod­ei face au Pen­tagone

Cet arti­cle a été élaboré en col­lab­o­ra­tion avec Claude, assis­tant IA dévelop­pé par Anthrop­ic. La démarche est celle-ci, utilis­er l’outil pour doc­u­menter un sujet, en posant les ques­tions, en ori­en­tant l’an­gle, en véri­fi­ant les sources et en nom­mant explicite­ment cette par­tic­i­pa­tion.