En complément de cet article
Débats autour de Facebook
Facebook, Google et co : les plateformes contre la démocratie (Acrimed, entretien avec la Quadrature du Net, 2021)
Un entretien qui pose crûment la limite de l’instrumentalisme : Facebook et Twitter sont devenus des lieux de débat politique, mais restent des entreprises privées dont le modèle économique (jusqu’à 95 % du chiffre d’affaires de Facebook vient de la publicité) est structurellement tourné vers la captation de l’attention, pas vers l’intérêt public. Prolonge concrètement l’argument de l’article sur l’architecture non neutre.
Pourquoi attaquer Facebook ? (La Quadrature du Net, 2018)
Le détail de l’action de groupe lancée contre les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) au moment de l’entrée en vigueur du RGPD (règlement européen sur les données personnelles). Montre comment le modèle économique de Facebook, rémunérer un service gratuit contre nos données, se traduit concrètement dans des pratiques contestées juridiquement.
L’Âge du capitalisme de surveillance, Shoshana Zuboff (Zulma, 2020, traduction française)
Sans doute la référence la plus citée aujourd’hui sur ce débat précis. Sa thèse : les géants du web ne se contentent plus de capter nos données, ils cherchent à orienter et conditionner nos comportements, jusqu’à notre vote, à des fins strictement lucratives. Un axe complémentaire à Bauwens : moins la coopération captée, davantage la prédiction et l’influence comportementale.
Sauver le monde, par Michel Bauwens (recension, Metis Europe)
Un résumé accessible de la thèse évoquée dans l’article précédent : Bauwens désigne Facebook comme un exemple de « capitalisme netarchique », des plateformes qui rendent possible une vraie coopération horizontale entre utilisateurs, tout en en captant la valeur au seul profit de leurs propriétaires.
Sur la neutralité de la technique : les fondamentaux philosophiques
La Technique ou l’enjeu du siècle, Jacques Ellul (1954)
Le texte fondateur du déterminisme technique en français. Ellul y soutient que la technique moderne n’est plus un simple moyen au service de l’homme, mais un processus devenu autonome, qui impose sa propre logique d’efficacité à toutes les sphères de la société, y compris à la décision politique.
Le mythe de la neutralité de la technologie avec Jacques Ellul (Le Devoir de philo, 2025)
Une application vulgarisée d’Ellul à l’actualité immédiate : l’article démonte directement l’argument « les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais, tout dépend de l’usage », jugé faux par Ellul puisque la technique est ambivalente par construction, et non neutre. Un bon sas d’entrée avant la lecture d’Ellul lui-même.
La question de la technique, Martin Heidegger (1954)
Heidegger va plus loin : le danger n’est pas dans les machines elles-mêmes, mais dans l’essence de la technique moderne, qu’il nomme l’arraisonnement (Gestell), une façon de dévoiler le monde qui réduit toute chose, et finalement l’homme lui-même, à un stock de ressources exploitables.
Du mode d’existence des objets techniques, Gilbert Simondon (1958)
Une position plus nuancée, en désaccord avec Ellul. Pour Simondon, l’aliénation ne vient pas de la technique elle-même, mais de notre méconnaissance de son fonctionnement réel : plus on comprend un outil, moins il nous domine. Une piste pour penser un usage éclairé de Facebook plutôt qu’un rejet ou une adhésion aveugles.
(Re)penser la technique : la démocratie contre le déterminisme technologique, Andrew Feenberg (2004)
Le plus récent des textes cités, et le plus directement utile pour trancher le débat de l’article. Feenberg reproche au déterminisme (Ellul, en partie Heidegger) et à l’instrumentalisme le même défaut : tous deux ferment la porte à l’idée qu’on puisse concevoir des techniques démocratiquement, en discutant collectivement de leur architecture plutôt qu’en subissant leurs effets ou en se contentant de réguler leurs usages.
Un avenir commun au sein de la société numérique (arxiv, 2025, pdf 106 pages)
Relie la critique platonicienne de l’écriture, le mythe de Theuth dans le Phèdre, où le roi Thamous craint que l’écriture n’affaiblisse la mémoire, à l’usage des plateformes et des IA aujourd’hui : le risque d’un désapprentissage des facultés que l’outil rend justement superflues.