Anthropic, la société qui développe Claude, arrive en tête de deux classements indépendants consacrés à la sécurité des laboratoires d’intelligence artificielle (les grandes entreprises qui conçoivent ces IA, comme Anthropic, OpenAI ou Google). Une bonne nouvelle en apparence. Sauf que dans les deux cas, être premier ne veut pas dire être bon, et les organismes qui publient ces évaluations le disent eux-mêmes sans détour.
Un classement, deux échecs
Le Future of Life Institute (FLI), une ONG américaine fondée en 2014 et connue pour ses positions critiques sur la course à l’intelligence artificielle, publie deux fois par an un « AI Safety Index », littéralement un bulletin de notes sur la sécurité de l’IA. Dans son édition de juillet 2026, un panel de sept experts indépendants issus notamment des universités de Montréal, Berkeley et Oxford a évalué neuf laboratoires (Anthropic, OpenAI, Google DeepMind, Meta, xAI, DeepSeek, Mistral, Z.ai et Alibaba Cloud) sur 37 critères répartis en six domaines : l’évaluation des risques, mais aussi la gouvernance (la façon dont une entreprise s’organise en interne pour prendre ses décisions et limiter ses propres dérapages).
Résultat, Anthropic arrive premier avec la note de C+, la meilleure note obtenue par n’importe quel laboratoire dans l’histoire de cet indice (l’échelle va de A, excellent, à F, échec total, comme une notation scolaire). OpenAI et Google DeepMind suivent avec un simple C. Trois entreprises, une par continent, une américaine (xAI), une chinoise (DeepSeek) et une européenne (Mistral, pourtant soumise à la réglementation la plus stricte du monde), échouent purement et simplement avec un F. Le panel d’experts relève aussi un signal préoccupant, plusieurs laboratoires parmi les mieux notés, Anthropic compris, auraient assoupli certains engagements de sécurité qu’ils avaient pris précédemment, notamment sur l’arrêt du développement en cas de franchissement de seuils de danger (des lignes rouges qu’ils s’étaient fixées eux-mêmes, au-delà desquelles ils avaient promis de ralentir ou d’arrêter certains développements jugés trop risqués).
Second organisme, mêmes conclusions. SaferAI, autre structure indépendante spécialisée dans l’évaluation de la gestion des risques des laboratoires d’IA, arrive à une hiérarchie identique. Anthropic y obtient la meilleure note du secteur, qualifiée de « modérée », pendant que ses concurrents sont jugés « faibles » à « très faibles ». Le fondateur de l’organisme résume la situation sans ambiguïté, même les meilleurs restent loin d’une gestion des risques suffisante.
Le domaine le plus inquiétant
Un chiffre résume assez bien l’ampleur du problème. Sur le critère de la « sécurité existentielle », c’est-à-dire la capacité d’un laboratoire à éviter les pires scénarios possibles, ceux qui menaceraient l’humanité dans son ensemble et pas seulement un incident isolé, la meilleure note obtenue dans ce domaine, toutes entreprises confondues, est un D+, décerné à Anthropic. La plupart des autres laboratoires se situent encore en dessous. Autrement dit, sur l’enjeu le plus lourd de conséquences, le meilleur élève de la classe est tout juste un peu moins mauvais que les autres.
Pourquoi ce classement mérite d’être connu
Ces deux indices ne sont pas des outils marketing produits par l’industrie elle-même, ce sont des évaluations indépendantes, réalisées par des organismes à but non lucratif dont la mission est justement de documenter les dangers de l’IA plutôt que de vanter ses mérites. Leur sévérité doit se lire comme un signal d’alerte plutôt que comme une compétition à gagner.
Autre constat, ce sujet circule très peu dans la presse francophone. La couverture de ces classements se trouve presque exclusivement dans des médias anglophones (Time, IEEE Spectrum, Fortune, The Guardian, Bloomberg), alors même que les usagers francophones de ces outils sont directement concernés par leurs conclusions.
Cette rareté vaut précisément pour ces deux indices, FLI et SaferAI. Le sujet plus large, celui des IA qui échappent au contrôle de leurs propres créateurs, est lui bien mieux couvert en français. Un article complémentaire, à paraître prochainement sur ce site, reviendra concrètement sur ce que ça donne quand une IA échappe à son laboratoire, avec des exemples récents, une annexe sourcée et la déclaration de Sam Altman sur la singularité. Voilà l’article en question
Pour résumer, choisir Claude plutôt qu’un autre assistant IA sur la base de ces indices reste un choix rationnel, c’est aujourd’hui l’option la moins mauvaise disponible sur le marché. Mais « la moins mauvaise » et « sûre » restent deux affirmations très différentes, et les organismes qui le disent sont précisément ceux dont le métier est de mesurer cet écart.
Sources
Future of Life Institute, AI Safety Index, Summer 2026
SaferAI, premières notes de gestion des risques des laboratoires d’IA
SaferAI, fiche détaillée Anthropic
Time, sur la publication de l’indice de juillet 2026
MIT Sloan Management Review Middle East, sur le classement Summer 2026
Cet article a été élaboré en collaboration avec Claude, assistant IA développé par Anthropic. La démarche est celle-ci, utiliser l’outil pour documenter un sujet, en posant les questions, en orientant l’angle, en vérifiant les sources et en nommant explicitement cette participation.